L’éthique clinique fait partie des compétences non techniques (CNT) indispensables : elle aide à prendre de bonnes décisions lorsque la situation dépasse la simple application d’un protocole. En pratique, l’éthique apparaît dès qu’il existe une tension entre des valeurs (autonomie, bénéfice, non-malfaisance, justice), des contraintes (temps, ressources, contexte familial) et une incertitude médicale. La question n’est pas seulement “que faire ?” mais aussi “que faire de façon juste, proportionnée et respectueuse ?”.
1) Quand l’éthique clinique intervient (exemples fréquents)
- Consentement et refus de soins.
- Confidentialité vs protection (ex. risques pour autrui).
- Décisions de limitation/arrêt de traitements.
- Patients vulnérables (mineurs, troubles cognitifs, pression familiale).
- Allocation de ressources (lits, priorités, accès à certains examens).
- Conflits d’intérêts et influence (cadeaux, partenariats, prescriptions).
2) Les principes simples à garder en tête
Sans faire “cours”, quatre repères aident à structurer le raisonnement :
- Autonomie : respecter la décision du patient informé.
- Bienfaisance : agir pour le bénéfice du patient.
- Non-malfaisance : éviter de nuire, limiter les risques inutiles.
- Justice : équité, priorisation raisonnable, respect des règles.
L’éthique clinique consiste souvent à équilibrer ces principes plutôt qu’à en appliquer un seul.
3) Une méthode pratique : clarifier, discuter, décider, tracer
Étape A — Clarifier les faits
- Quel est le diagnostic probable ? quel pronostic ?
- Quelles sont les options raisonnables ?
- Quel est le niveau d’incertitude ?
Étape B — Clarifier les valeurs
- Qu’est-ce que le patient considère comme “acceptable” ?
- Quels sont ses objectifs (qualité de vie, durée, autonomie, soulagement) ?
- Y a-t-il des croyances ou contraintes sociales/familiales importantes ?
Étape C — Discuter en équipe (si nécessaire)
- Chercher un avis senior, un collègue, ou une discussion pluridisciplinaire.
- Utiliser une communication structurée (ex. SBAR) pour éviter les biais.
Étape D — Décider et tracer
- Expliquer la décision au patient (et à la famille si approprié).
- Documenter : options discutées, préférences du patient, raison du choix.
4) Consentement : la base éthique du soin
Un consentement valable nécessite :
- Une information compréhensible (langage simple).
- La capacité de décider (à évaluer si doute).
- L’absence de contrainte.
- Le droit de poser des questions, et le droit de refuser.
Phrase utile :
- “Je veux être sûr que vous choisissez en comprenant bien : qu’est-ce que vous avez retenu de ce que je viens d’expliquer ?”
5) Prévenir les conflits d’intérêts (exemples concrets)
Même sans mauvaise intention, certains contextes peuvent influencer :
- Relation financière ou avantage lié à un produit/service.
- Pression de performance, d’image ou de “faire vite”.
- Influence d’un proche ou d’un collègue.
Bon réflexe CNT :
- Se demander : “Est-ce que je ferais la même recommandation si rien ne me liait à cette option ?”
- Rechercher un second avis si doute.
Conclusion
L’éthique clinique est une CNT de décision : elle transforme une situation complexe en un raisonnement clair, partagé, traçable et centré sur le patient. Elle renforce la confiance, protège le patient et protège aussi le professionnel en rendant la décision plus transparente et plus solide.