I. INTRODUCTION GÉNÉRALE À L’ÉTHIQUE CLINIQUE :
- Définition approfondie de l’éthique
L’éthique est la
réflexion rationnelle, argumentée et contextualisée sur le bien agir.
Elle n’est pas une émotion, ni une intuition morale :
→
c’est une démarche intellectuelle, structurée, délibérative, qui vise à déterminer l’action la plus juste dans une situation donnée.
- Êthos (ἦθος) = caractère, manière d’être.
- Ethikos = relatif aux mœurs et à la conduite.
Différences fondamentales : morale – éthique – déontologie – droit
| Concept |
Définition |
Exemple |
| Morale |
Valeurs personnelles/sociales |
“Mentir est mal.” |
| Éthique |
Réflexion argumentée sur ce qu’il faut faire |
Doit-on dire toute la vérité au patient ? |
| Déontologie |
Règles professionnelles instituées |
Code de déontologie médicale |
| Droit |
Lois et obligations légales |
Consentement obligatoire avant acte |
Un acte peut être
légal mais non éthique, ou
déontologique mais moralement discutable.
L’éthique n’est pas un “code”, mais une
méthode de réflexion.
- L’éthique en médecine : spécificités et enjeux
la médecine implique :
- Des décisions incertaines (diagnostic presomptif, pronostic flou).
- Une vulnérabilité du patient (douleur, peur, dépendance, asymétrie d’information).
- Des enjeux vitaux (bénéfice/risque).
- Des conflits de valeurs réguliers : vérité, autonomie, culture, famille…
La médecine n’est pas seulement une science mais aussi un
art moral.
- Repères historiques importants
Serment d’Hippocrate
- “Primum non nocere”
- Confidentialité
- Respect envers le malade
Après la Seconde Guerre mondiale
→ Consentement volontaire, liberté de participer ou non.
- Déclaration d’Helsinki (1964)
→ Éthique de la recherche médicale, protection des sujets.
Éthique clinique contemporaine (depuis 1970)
- Développement des Comités d’éthique
- Introduction du concept d’autonomie comme valeur centrale
- Rôle structurant des 4 principes de Beauchamp & Childress (1979)
- PRINCIPES FONDAMENTAUX DE L’ÉTHIQUE MÉDICALE
Ces principes ne sont
ni hiérarchiques ni absolus → ils peuvent entrer en tension.
- Bienfaisance
- Agir pour le bien du patient
- Protéger, soigner, soulager la souffrance
- Rechercher le mieux-être global, pas seulement biomédical
Exemples :
- proposer une analgésie renforcée
- accompagner psychologiquement
- éviter une hospitalisation inutile
- Non-malfaisance
- Ne pas nuire intentionnellement
- Prévenir les dommages évitables
- Éviter “l’acharnement” (obstination déraisonnable)
Exemples :
- éviter un traitement toxique si bénéfice minime
- éviter une ponction inutile
- éviter une chirurgie disproportionnée
- Autonomie
Respecter la volonté du patient.
Cela implique :
- information claire
- capacité de décider (vigilance avec confusion, psychose, intoxication)
- liberté (sans pression)
- consentement libre et éclairé
L’autonomie n’est pas l’“individualisme”.
Elle doit être équilibrée avec la sécurité et la réalité clinique.
- Justice
- Équité entre les patients
- Accès aux soins selon la nécessité
- Répartition équitable des ressources limitées (lits, réanimateurs, dialyse)
Enjeux marocains :
- Triage aux urgences
- Réanimation limitée par manque de lits
- Inégalités géographiques (rural/urbain)
- Vérité, loyauté & transparence
Le médecin doit :
- donner une information loyale, adaptée
- dire la vérité sans brutalité
- vérifier la compréhension
- rester cohérent dans ses messages
La vérité ne doit pas être une
violence, mais un
soin.
III. LES CONFLITS ÉTHIQUES
- Définition
Un conflit éthique = situation où
deux valeurs légitimes s’opposent.
Il n’y a pas “une” bonne réponse mais un
équilibre à construire.
- Types de conflits éthiques
- Conflit de valeurs
Ex :
- Autonomie du patient vs sécurité
- Vérité vs bienfaisance
- Liberté vs santé publique
- Conflit de devoirs professionnels
Ex :
- Choisir entre loyauté envers l’équipe ou le patient
- Tensions internes (ex : infirmière vs médecin vs administration)
- Conflit institutionnel / social
Ex :
- Manque de lits de réanimation
- Choix des patients prioritaires
- Pression du système (urgence, saturation)
- Facteurs aggravants
- Urgence → temps limité
- Pression familiale → risque d’influence
- Hiérarchie → peur d’aller contre le senior
- Stress émotionnel → compassion fatigue
- Inexpérience → risque de mauvaise décision
- RÔLE DU MÉDECIN DANS LA DÉMARCHE ÉTHIQUE
- Médecin = médiateur
Entre :
- la science (faits)
- la morale personnelle
- les valeurs du patient
- la loi
- la famille
- Savoir écouter avant d’agir
Beaucoup de conflits éthiques apparaissent parce que le médecin :
→ présume la volonté du patient
→ n’explore pas le sens que le patient donne à sa maladie
- Justifier ses décisions
Une décision non argumentée n’est pas éthique.
Elle doit être :
- motivée
- contextualisée
- proportionnée
- documentée
- Prévenir les conflits plutôt que les subir
En :
- communiquant mieux
- obtenant un consentement clair
- anticipant les enjeux
- DÉMARCHE ÉTHIQUE EN CLINIQUE (méthode complète)
- Repérer le problème éthique
Signes d’alerte :
- malaise du médecin
- divergence d’opinion
- refus de soin
- décision à forte conséquence
- désaccord dans l’équipe
- Recueillir les faits
- clinique
- biologique
- psychosocial
- familial
- culturel
- légal
- Identifier les valeurs en jeu
Ex :
- autonomie
- sécurité
- dignité
- vérité
- justice
- Analyse éthique selon les principes
Quel principe est prioritaire ?
Lequel est menacé ?
- Évaluer options disponibles
Option A, B, C…
Pour chaque option → on identifie avantages et risques.
- Décider + justifier
La justification doit apparaître dans :
- le dossier médical
- la réunion collégiale
- l’explication au patient
- OUTILS D’AIDE À LA DÉCISION
- Staff d’éthique clinique
Pluridisciplinaire :
- médecin
- infirmière
- psychologue
- assistante sociale
- juriste
- imam ou prêtre (dans certains hôpitaux)
- Grille d’analyse éthique
- Situation
- Faits
- Valeurs
- Options
- Décision
- Justification
- Réévaluation
- Comités d’éthique
Rôle :
- expertise
- soutien
- défusionner les conflits
- Documentation dans le dossier
Indispensable en cas d’enjeu médico-légal.
VIII. Conclusion profonde
- L’éthique clinique est un processus, pas une règle.
- Le dilemme est normal et non signe d’incompétence.
- Le médecin doit combiner :
science + réflexion + humanité.
- Les conflits sont inévitables, mais ils permettent au médecin de grandir.