Plateforme des CNT à la FMPM

Décider en incertitude : raisonner mieux quand les données sont incomplètes

Décider en incertitude : raisonner mieux quand les données sont incomplètes

En pratique, la médecine se fait rarement avec une certitude à 100 %. Symptômes atypiques, examens indisponibles, temps limité, patient non coopérant, contraintes de ressources… L’incertitude est normale. La compétence non technique ici consiste à penser clairement malgré l’incomplétude, à réduire le risque pour le patient et à communiquer cette incertitude de façon transparente.

1) Accepter l’incertitude (au lieu de la subir)

L’erreur fréquente n’est pas “ne pas savoir”, mais :

  • vouloir conclure trop vite pour se rassurer
  • choisir une seule hypothèse et ignorer les autres
  • confondre “probable” avec “certain”

Objectif CNT : rester lucide et orienté sécurité.

2) Penser en probabilités (même sans calculs)

Sans faire de statistiques complexes, on peut raisonner ainsi :

  • Hypothèse la plus probable (ce qui explique le mieux)
  • Hypothèse la plus grave (même si moins probable)
  • Hypothèse “à ne pas rater” (danger immédiat)

Ensuite, on choisit l’action qui :

  • réduit le risque vital en premier
  • augmente l’information utile (examen clé)
  • garde une option de repli (plan B)

3) Une méthode pratique : “Hypothèses + plan + seuils”

Étape A — Lister 3 hypothèses

  1. Probable
  2. Grave
  3. Alternative (pour éviter l’ancrage)

Étape B — Plan d’action

  • examens / traitement d’essai (si justifié)
  • observation vs hospitalisation
  • avis senior / référer si nécessaire

Étape C — Définir des seuils

  • “Si X se produit → on escalade”
  • “Si Y n’évolue pas en 24–48 h → reconsulter / examens”
    Ces seuils transforment l’incertitude en suivi sécurisé.

4) Les biais cognitifs à surveiller (et comment les casser)

  • Ancrage : rester fixé sur la première idée
    → contre-mesure : “Quelle autre hypothèse expliquerait ça ?”
  • Confirmation : ne chercher que ce qui confirme
    → contre-mesure : chercher un signe qui invalide l’hypothèse
  • Disponibilité : surestimer ce qu’on a vu récemment
    → contre-mesure : revenir aux signes clés et au contexte
  • Satisfaction de recherche : s’arrêter au premier diagnostic trouvé
    → contre-mesure : “Est-ce qu’il peut y avoir deux problèmes ?”

5) Communiquer l’incertitude au patient (sans perdre la confiance)

Dire “je ne sais pas” brutalement peut inquiéter. Mais expliquer clairement renforce la confiance.

Formulation utile :

  • “D’après ce que nous avons, l’hypothèse la plus probable est…, mais je veux aussi écarter…, car c’est plus sérieux. Voilà notre plan, et voici les signes qui doivent vous faire revenir tout de suite.”

Toujours terminer par :

  • consignes concrètes
  • délais de suivi
  • signes d’alarme

6) Documenter et sécuriser

Tracer dans le dossier :

  • hypothèses considérées
  • éléments pour/contre
  • raison du choix
  • plan de suivi + critères de réévaluation

C’est une CNT de sécurité (et de protection médico-légale).

Conclusion

Décider en incertitude, c’est la réalité du terrain. Les CNT aident à éviter les décisions précipitées, à réduire l’impact des biais, et à sécuriser le patient grâce à un plan clair, des seuils de réévaluation et une communication transparente.

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