Plateforme des CNT à la FMPM

Relation Médecin–Malade (RMM)

Cours

Fiche Synthèse

Pratique

Evaluation

Auto Evaluation

Interpersonnelles

LA RELATION MÉDECIN–MALADE

I. INTRODUCTION : LA RELATION MÉDECIN–MALADE, LE SOCLE DE LA MÉDECINE

La médecine repose sur deux piliers indissociables :

  1. Le savoir scientifique → indispensable pour diagnostiquer et traiter
  2. La relation humaine → indispensable pour soigner réellement

La relation médecin–malade n’est pas un “bonus”, ni un comportement gentil :

Elle influence directement le diagnostic, l’observance, la sécurité des soins et le pronostic.

Exemples cliniques :

  • Un patient diabétique adhère mieux au traitement si son médecin l’écoute et respecte ses difficultés.
  • Une femme âgée parle enfin de sa douleur thoracique quand elle se sent en confiance, ce qui permet de diagnostiquer son infarctus.
  • Un adolescent avoue une tentative de suicide seulement lorsque le médecin crée un espace sécurisé et non jugeant.

Trois dimensions fondamentales

Pour comprendre la relation médecin–malade, il faut intégrer trois niveaux :

  1. Dimension scientifique

Le patient vient chercher :

  • un savoir,
  • un diagnostic,
  • un traitement,
  • une expertise.

Mais ce n’est pas suffisant pour que la relation fonctionne.

  1. Dimension éthique

La relation doit être fondée sur :

  • respect,
  • autonomie,
  • confidentialité,
  • justice.

Sans ces valeurs, la relation devient autoritaire ou mécanique.

  1. Dimension humaine

Le patient est vulnérable :

  • inquiétude,
  • peur,
  • douleur,
  • honte,
  • solitude.

Le médecin doit accueillir cette vulnérabilité avec empathie, écoute et présence.

La phrase d’Ambroise Paré prend ici toute sa force :

✨ “Guérir parfois, soulager souvent, écouter toujours.”

→ Car écouter est déjà un acte thérapeutique.

 II. HISTOIRE & MODÈLES DE LA RELATION

Pour comprendre la relation actuelle, il faut connaître les modèles historiques.

  1. Modèle paternaliste

Dominant jusqu’au XXᵉ siècle.

Le médecin est “le père”, le patient “l’enfant”.

  • le médecin décide,
  • le patient se soumet,
  • la relation est verticale.

Exemple clinique :

Un patient accepte une chirurgie simplement parce que “le docteur l’a dit”.

  • Avantage : rapide et efficace dans l’urgence.
  • Limite : peu de respect de l’autonomie.
  1. Modèle informatif ou consommateur

– Le médecin transmet l’information.

– Le patient choisit.

C’est le modèle des systèmes très libéraux.

Problème :

Il suppose que le patient peut comprendre des données complexes… ce qui n’est pas toujours vrai.

  1. Modèle partenarial (moderne)

Médecin et patient collaborent.

  • le médecin apporte les connaissances,
  • le patient apporte ses valeurs, son vécu, ses préférences.

→ La décision se construit ensemble : c’est la décision partagée.

  1. Modèle humaniste

Intègre émotions, contexte familial, culture, spiritualité.

Très utilisé en :

  • médecine générale,
  • psychiatrie,
  • soins palliatifs,
  • consultation douleur.

 

III. LES DIMENSIONS DE LA RELATION MÉDECIN–MALADE

Cette relation est multidimensionnelle. Chaque dimension influence le traitement.

  1. Dimension cognitive : donner du sens

Le patient doit comprendre :

  • sa maladie,
  • son traitement,
  • le suivi,
  • les risques.

Sans compréhension → mauvaise observance, rechute, complications.

Exemple :

Un patient hypertendu arrête son traitement parce qu’il ne “sent rien”.

Le médecin doit expliquer que la maladie est silencieuse mais dangereuse.

  1. Dimension affective : accueillir les émotions

Le patient peut vivre :

  • peur du diagnostic,
  • colère,
  • honte (IST, addictions…),
  • tristesse,
  • anxiété,
  • déni.

Le médecin doit reconnaître ces émotions, même s’il ne les partage pas.

Exemple :

“Je vois que cette annonce vous bouleverse. Prenez le temps. Je suis là.”

  1. Dimension éthique : le respect comme fondement

Trois règles essentielles :

  • respecter l’autonomie (consentement),
  • préserver la confidentialité,
  • éviter toute discrimination (âge, sexe, religion, statut).

Un patient ne peut faire confiance que s’il se sent respecté.

  1. Dimension sociale et culturelle

Deux patients ayant la même maladie peuvent avoir des réactions complètement différentes selon :

  • leur culture,
  • leur famille,
  • leur éducation,
  • leur statut social.

Exemples :

  • Certains patients veulent l’avis du mari ou de la famille avant toute décision.
  • Certains refusent une transfusion pour des raisons religieuses.
  • Certains pensent que les médicaments “fatiguent le foie”.
  1. Dimension symbolique

Le médecin peut être perçu comme :

  • un sauveur,
  • un expert,
  • un pouvoir,
  • un danger,
  • une autorité,
  • un confident.

Cette symbolique influence :

  • les confidences,
  • la compliance,
  • la anxiété,
  • la confiance.

IV. COMPÉTENCES RELATIONNELLES ESSENTIELLES

  1. L’écoute active

L’écoute est le premier traitement.

Elle comporte :

  • silence réfléchi,
  • regard,
  • posture ouverte,
  • reformulation,
  • vérification de compréhension.

Exemples :

“Si je comprends bien, ce qui vous inquiète le plus est…”

“Vous avez eu l’impression qu’on ne vous prenait pas au sérieux.”

  1. L’empathie

L’empathie permet de comprendre sans fusionner.

Elle améliore :

  • l’adhésion,
  • la satisfaction,
  • la qualité du diagnostic.
  1. Authenticité et congruence

Un médecin doit être cohérent :

  • ton calme,
  • gestes adaptés,
  • honnêteté.

Un médecin qui ment “pour rassurer” brise la confiance.

  1. Adaptation du langage

Le médecin doit parler selon le niveau du patient.

➤ Vulgariser = expliquer simplement

➤ Sans infantiliser = respecter l’intelligence du patient

Exemple :

“Monsieur, un AVC, c’est un caillot qui bloque un vaisseau dans le cerveau.”

  1. Communication non verbale

70% de la communication est non verbale.

Influencée par :

  • distance physique,
  • rythme de parole,
  • tension corporelle,
  • expressions faciales.

Un médecin pressé ou stressé transmet :

→ “Je n’ai pas le temps”

→ “Votre problème n’est pas important”

V. OBSTACLES À UNE RELATION DE QUALITÉ

  1. Du côté du médecin
  • fatigue,
  • burnout,
  • surcharge,
  • attitude autoritaire,
  • préjugés.

Exemple :

“C’est un jeune, il n’a rien.”

→ Erreur fréquente aux urgences.

  1. Du côté du patient
  • peur,
  • méfiance,
  • croyances,
  • famille intrusive,
  • expérience traumatisante avec un ancien médecin.
  1. Institutionnels
  • manque de confidentialité,
  • salles pleines,
  • horaires chargés,
  • consultations de 5 minutes.
  1. Conflits fréquents
  • refus de traitement,
  • attente d’un traitement “miracle”,
  • incompréhensions culturelles,
  • erreurs médicales.

VI. ÉTHIQUE DANS LA RELATION

  1. Autonomie du patient

Le patient participe à la décision.

Même s’il choisit différemment de ce que le médecin souhaite,

→ son choix doit être respecté (sauf danger vital immédiat).

  1. Consentement éclairé

Le patient doit comprendre :

  • ce qu’on propose,
  • les alternatives,
  • les risques,
  • les bénéfices.
  1. Confidentialité

La base absolue de la confiance.

  1. Relation d’aide

Le médecin accompagne sans juger.

  1. Annonce d’une mauvaise nouvelle

Méthode SPIKES indispensable pour limiter le traumatisme émotionnel.

VII. LA COMMUNICATION DANS LA CONSULTATION

Étapes :

  1. Accueil

Le ton que prend la consultation dès les 30 premières secondes conditionne tout.

  1. Recueil du motif

Laisser parler le patient → il donne 80% du diagnostic.

  1. Explications

Adaptées, structurées, claires.

  1. Plan de traitement

Élaboré ensemble.

  1. Conclusion

“Alors, qu’est-ce que vous retenez ? Avez-vous des questions ?”

VIII. L’ÈRE NUMÉRIQUE

Les écrans modifient :

  • le regard,
  • la présence,
  • l’attention.

Les risques :

  • consultation robotique,
  • distance émotionnelle.

Les opportunités :

  • suivi chronique amélioré,
  • téléconsultation utile en zones rurales.

Le défi :

rester humain dans un monde technique.

IX. CONCLUSION

La relation médecin–malade est une rencontre humaine supérieure à tout protocole.

Un bon médecin n’est pas celui qui parle beaucoup,

mais celui qui est :

  • présent,
  • authentique,
  • empathique,
  • juste,
  • à l’écoute,
  • compétent.

C’est la relation qui soigne.

C’est la relation qui rassure.

C’est la relation qui guide.

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